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La CEDEAO peut-elle enfin concrétiser son vieux rêve de monnaie unique ?

13 min Read July 28, 2026 at 1:02 PM UTC

Daba finance investissez dans l'Afrique

Après quatre décennies de reports, l’Afrique de l’Ouest prévoit de lancer une monnaie commune, l’Eco, en 2027. L’enjeu est de faciliter les échanges ; le défi consiste à savoir si les économies et les politiques parviendront enfin à converger.

Imaginez une commerçante de tissus à Lomé, au Togo, chargeant des ballots d’étoffe dans un bus à destination de Lagos, au Nigeria, pour un trajet d’environ 400 kilomètres.

Avant même de vendre le moindre mètre de tissu, elle doit convertir ses francs CFA en nairas. Si, sur le chemin du retour, elle s’approvisionne en teinture à Accra, elle doit alors composer avec une troisième monnaie : le cedi ghanéen.

Chaque conversion entraîne des frais. Chaque variation du taux de change à un passage de frontière peut réduire une partie de sa marge. Le même produit est évalué dans trois monnaies différentes, tandis que la commerçante supporte toute l’incertitude.

Multipliez cette petite activité par les millions de commerçants, de transporteurs et de propriétaires de petites entreprises qui déplacent chaque jour des marchandises entre les 15 pays d’Afrique de l’Ouest.

Vous commencez alors à comprendre pourquoi la CEDEAO — la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest — poursuit depuis plus de quatre décennies le projet d’une monnaie régionale unique.

L’idée n’a cessé d’être repoussée.

Mais ce mois-ci, les dirigeants du bloc, réunis à Lungi, en Sierra Leone, ont une nouvelle fois réaffirmé leur engagement à lancer l’Eco en 2027.

Et cette fois, quelques éléments véritablement nouveaux méritent d’être examinés, parallèlement aux nombreuses raisons déjà connues de rester prudent.

Un rêve vieux de plusieurs décennies

Les origines de l’Eco remontent à mai 1983, lorsque les chefs d’État de la CEDEAO, réunis à Conakry, en Guinée, ont demandé la réalisation des premières études sur la création d’une zone monétaire unifiée en Afrique de l’Ouest.

L’objectif était alors le même qu’aujourd’hui : rapprocher une région divisée par des frontières monétaires héritées de la colonisation. D’un côté, les pays francophones utilisent le franc CFA, arrimé à l’euro et géré par une banque centrale commune, la BCEAO. De l’autre, les pays anglophones et lusophones disposent chacun de leur propre monnaie nationale : le naira, le cedi, le leone, entre autres.

En 1987, les dirigeants ont adopté un programme visant à créer une zone monétaire unique.

Cette ambition a ensuite été inscrite dans le Traité révisé de la CEDEAO de 1993, qui prévoyait la création d’une banque centrale régionale et d’une monnaie unique.

Une monnaie commune nécessite d’abord des règles communes. En 2000, six pays — le Nigeria, le Ghana, la Guinée, la Sierra Leone, le Liberia et la Gambie — ont donc signé la Déclaration d’Accra, donnant naissance à la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest, ou ZMAO.

Le projet prévoyait que la ZMAO lance d’abord sa propre monnaie, avant de la fusionner avec le franc CFA utilisé par les huit pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, l’UEMOA.

Mais le lancement de la monnaie de la ZMAO a été continuellement reporté : de 2003 à 2005, puis à 2010 et ensuite à 2015. Ces retards s’expliquaient principalement par l’incapacité des pays membres à respecter les objectifs économiques fixés pour leur adhésion.

En 2019, la CEDEAO a finalement choisi un nom pour le projet couvrant l’ensemble de la région, avec un lancement prévu en 2020.

La situation s’est ensuite compliquée. Le président ivoirien Alassane Ouattara a annoncé séparément que le franc CFA existant serait simplement rebaptisé « Eco » et réformé, en réduisant certains des derniers mécanismes de contrôle exercés par la France, tout en maintenant son arrimage à l’euro.

Le Nigeria et les autres pays de la ZMAO se sont vivement opposés à cette décision. Selon eux, il ne s’agissait pas de l’Eco à l’échelle de la CEDEAO sur lequel les États s’étaient entendus, mais d’un simple changement de nom du franc CFA.

Ce désaccord, ajouté à la pandémie de Covid-19 et aux nombreuses années pendant lesquelles les objectifs économiques n’ont pas été atteints, a repoussé le lancement à 2027. Cette échéance a été réaffirmée en 2021, en 2023 et de nouveau cette année.

Pourquoi le projet ne cesse d’être retardé

Pour partager une monnaie, les pays doivent avoir des économies relativement similaires. Ce principe est désigné par les économistes sous le nom de « zone monétaire optimale ».

Si l’économie d’un pays connaît une forte croissance tandis qu’un autre est en récession, mais que chacun ne peut plus ajuster son propre taux de change ou son taux d’intérêt pour réagir, l’union monétaire risque de créer des tensions plutôt que d’apporter un soulagement. C’est, dans les grandes lignes, ce qui explique certaines des difficultés rencontrées au sein de la zone euro.

Pour partager une monnaie en toute sécurité, les économies doivent converger. Autrement dit, leurs principaux indicateurs doivent rester dans des limites convenues.

La CEDEAO a tenté de mettre en place des garanties au moyen de critères de convergence, qui constituent en quelque sorte un bulletin économique commun que tous les États membres sont censés valider avant d’adopter l’Eco.

Les quatre principaux critères sont les suivants : maintenir l’inflation à un niveau inférieur à 10 %, limiter le déficit budgétaire à 4 % du PIB, plafonner les emprunts d’un gouvernement auprès de sa propre banque centrale et conserver suffisamment de réserves de change pour couvrir au moins trois mois d’importations.

Ces règles sont importantes, car le manque de discipline d’un pays peut devenir le problème de tous les autres.

Si un État membre s’endette excessivement ou laisse l’inflation s’envoler, les investisseurs peuvent perdre confiance dans la monnaie commune, ce qui ferait augmenter les coûts de financement dans toute l’union.

Selon la dernière évaluation exhaustive disponible, seul le Ghana est parvenu à respecter les quatre critères au cours d’une même année, et cela une seule fois.

La difficulté principale consiste à déterminer si les économies ouest-africaines évoluent de manière suffisamment similaire pour être soumises à une seule politique monétaire. Une banque centrale commune fixe un seul taux d’intérêt directeur.

Ce taux peut convenir à une économie qui lutte contre l’inflation, mais pénaliser une autre qui a besoin d’un crédit moins cher pour sortir d’une récession.

Une baisse du prix du pétrole peut nuire à un pays exportateur tout en bénéficiant à un pays importateur.

Une sécheresse peut toucher plus durement les économies agricoles que celles principalement fondées sur les services.

Les économistes parlent alors de « choc asymétrique » : un événement qui affecte différemment les membres d’une même union.

Les économies des pays de l’UEMOA utilisant le franc CFA ont tendance à évoluer de manière relativement similaire. Cela n’a rien de surprenant, puisqu’elles partagent déjà une monnaie et une banque centrale.

En revanche, des pays hors UEMOA comme le Nigeria et le Ghana réagissent très différemment aux mêmes chocs économiques. Une politique monétaire commune pourrait donc réellement pénaliser certains d’entre eux.

Le Nigeria constitue à lui seul une difficulté supplémentaire. Il est de loin la plus grande économie de la CEDEAO, exporte du pétrole, affiche historiquement une inflation plus élevée et dispose d’une monnaie qui flotte plus librement que le franc CFA.

Intégrer une économie de cette taille à une union monétaire regroupant des voisins beaucoup plus petits, dont les monnaies sont actuellement liées à l’euro par l’intermédiaire du franc CFA, soulève une question complexe : à quelles conditions économiques la banque centrale commune accorderait-elle la priorité lorsqu’elle fixerait sa politique ?

Créer une monnaie ne consiste pas simplement à imprimer des billets.

Une union monétaire exige également des pays qu’ils renoncent à une partie de leur souveraineté économique et qu’ils placent leur confiance dans une institution commune.

Les États participants abandonneraient ainsi leur capacité à fixer leurs propres taux d’intérêt ou à dévaluer leurs monnaies.

La dévaluation — le fait de laisser une monnaie perdre de sa valeur — peut rendre les exportations moins chères et aider une économie à s’adapter après un choc, même si elle renchérit également les importations. Au sein d’une union monétaire, cet outil disparaît.

Ces difficultés ne rendent pas l’union impossible, mais elles renforcent la nécessité d’une coordination budgétaire et d’un fonds régional de stabilisation capable de soutenir un État membre touché par un choc que les autres pays ne subissent pas.

Qu’est-ce qui est réellement différent cette fois-ci ?

Plusieurs éléments ont modifié le contexte à l’approche de 2027.

Un groupe plus restreint et potentiellement plus facile à gérer

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger — les trois États dirigés par des régimes militaires ayant formé l’Alliance des États du Sahel — ont officiellement quitté la CEDEAO en janvier 2025.

Ce départ représente un recul pour l’unité régionale. Mais d’un point de vue strictement économique, il pourrait simplifier le projet de l’Eco en retirant du processus des pays dont l’instabilité politique rendait encore plus difficile le respect des critères de convergence.

Un déploiement progressif plutôt qu’un lancement généralisé

Au lieu d’exiger que tous les États membres restants remplissent les conditions au même moment, les dirigeants de la CEDEAO ont désormais décidé de lancer l’Eco uniquement avec les pays qui respectent déjà les critères de convergence.

Les autres rejoindraient ensuite l’union monétaire lorsqu’ils seraient en mesure de satisfaire ces exigences.

Il s’agit d’une concession importante à la réalité. La CEDEAO remplace une échéance fondée sur le principe du « tout ou rien » par un modèle plus proche de celui de la zone euro, qui s’est progressivement élargie de 11 à 20 pays.

De véritables avancées juridiques

Le bloc a enregistré la marque « Eco » auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle. Il s’agit d’une mesure modeste, mais concrète, montrant que cette phase de préparation va au-delà des simples communiqués officiels.

Une task force présidentielle dédiée, coprésidée avec la participation du président de la Côte d’Ivoire, devrait se réunir de nouveau avant le sommet de la CEDEAO de décembre 2026 afin de régler les principaux points de désaccord encore en suspens.

Il faudra notamment déterminer comment une future Banque centrale de l’Afrique de l’Ouest prendra réellement ses décisions, ainsi que répondre à la question la plus délicate : les pays de l’UEMOA utilisant le franc CFA rejoindront-ils l’Eco dès son lancement ou ultérieurement ?

Un environnement économique plus favorable

Les dirigeants de la CEDEAO ont souligné que la région se dirige vers 2027 avec une inflation en recul, des ratios de dette publique par rapport au PIB plus faibles et un excédent croissant des comptes courants dans de nombreux États membres.

Ils ont toutefois averti que les déficits budgétaires des gouvernements demeuraient une préoccupation majeure.

Ce que l’Eco pourrait changer

Pour les entreprises, le principal avantage serait une réduction des obstacles aux échanges.

Une monnaie unique pourrait supprimer les frais de conversion répétés, faciliter la comparaison des prix et réduire le risque de change. Une fluctuation soudaine d’une monnaie ne transformerait plus une commande transfrontalière rentable en opération déficitaire.

Pour les ménages, les transferts d’argent pourraient devenir plus simples et plus prévisibles. Les étudiants, les travailleurs migrants et les familles pourraient envoyer de l’argent sans avoir à naviguer entre plusieurs taux de change.

Pour les investisseurs, un Eco crédible pourrait créer un espace financier plus vaste.

Les gouvernements et les entreprises pourraient emprunter auprès d’une réserve d’épargne plus large, tandis que l’adoption de normes communes faciliterait la comparaison entre les investissements.

Cela pourrait approfondir les marchés de capitaux et attirer des investisseurs qui considèrent actuellement l’Afrique de l’Ouest comme un ensemble fragmenté de zones monétaires.

L’intégration des systèmes régionaux de paiement et le rapprochement des marchés de capitaux figuraient déjà parmi les ambitions inscrites dans le Traité révisé de la CEDEAO.

Une banque centrale commune pourrait également renforcer la crédibilité monétaire dans les pays où l’inflation a été élevée. 

Une institution régionale indépendante pourrait être mieux placée pour résister aux pressions politiques visant à financer les dépenses publiques par la création monétaire.

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, ou BCEAO, est la banque centrale commune des huit États membres formant l’UEMOA. Crédit : TechAfrica News.

Plus largement, l’Eco pourrait devenir un élément important de l’intégration de l’Afrique de l’Ouest dans la Zone de libre-échange continentale africaine, ou ZLECAf, qui vise à réduire les barrières commerciales et à créer un marché plus intégré couvrant l’ensemble du continent.

Même lorsque les droits de douane diminuent, les entreprises peuvent continuer à supporter des conversions monétaires coûteuses, des retards de paiement et des risques de change.

Une monnaie commune crédible permettrait aux entreprises des pays participants de facturer leurs clients, de payer leurs fournisseurs et de comparer leurs prix dans une seule monnaie.

Cela faciliterait la création de chaînes d’approvisionnement régionales, la répartition des activités de production entre plusieurs pays et l’atteinte de la taille nécessaire pour être compétitif à l’échelle africaine.

L’Eco pourrait également compléter le Système panafricain de paiement et de règlement, ou PAPSS, qui facilite les paiements transfrontaliers dans les monnaies africaines.

En réduisant le nombre de monnaies utilisées en Afrique de l’Ouest, l’Eco pourrait simplifier les transactions régionales et renforcer la CEDEAO en tant que bloc commercial au sein du marché plus large créé par la ZLECAf.

Il ne remplacerait pas la nécessité d’améliorer les routes, les ports, les systèmes douaniers, l’approvisionnement en électricité et la cohérence des règles commerciales.

Il pourrait toutefois contribuer à transformer les ambitions africaines en matière de libre-échange continental en transactions plus rapides, moins coûteuses et plus prévisibles pour les entreprises comme pour les consommateurs.

Les avantages sont évidents, mais la réussite n’est pas garantie. L’écart entre les économies de l’UEMOA, caractérisées par une inflation relativement faible et un ancrage historique à la France, et les économies plus importantes et plus volatiles de la ZMAO n’a pas disparu simplement parce que trois États du Sahel ont quitté la CEDEAO.

Mais pour la première fois depuis plusieurs années, la CEDEAO accompagne sa promesse désormais familière d’un lancement en 2027 d’un véritable plan : une adhésion progressive, une marque officiellement enregistrée et une task force active.

Cette démarche ressemble moins à une répétition du passé qu’à un véritable travail préparatoire.

Reste à savoir si cela suffira enfin à permettre aux commerçantes de tissus d’Afrique de l’Ouest de travailler avec une seule monnaie plutôt qu’avec trois.

Comme depuis 44 ans, cette histoire reste encore à écrire.

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Ce matériel a été présenté à des fins informatives et éducatives uniquement. Les opinions exprimées dans les articles ci-dessus sont généralisées et peuvent ne pas convenir à tous les investisseurs. Les informations contenues dans cet article ne doivent pas être interprétées comme et ne peuvent pas être utilisées en relation avec une offre de vente ou une sollicitation d'une offre d'achat ou de détention d'un intérêt dans un titre ou un produit d'investissement. Rien ne garantit que les performances passées se reproduiront ou aboutiront à un résultat positif. Examinez attentivement votre situation financière, y compris votre objectif de placement, votre horizon temporel, votre tolérance au risque et vos frais avant de prendre toute décision de placement. Aucun niveau de diversification ou d’allocation d’actifs ne peut garantir des profits ou garantir contre les pertes. Les articles ne reflètent pas les opinions de DABA ADVISORS LLC et ne fournissent pas de conseils en investissement aux clients de Daba. Daba ne fournit pas de conseils fiscaux, juridiques ou comptables. Veuillez consulter un professionnel qualifié pour ce type de service.

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