Au Cameroun, Biya procède à un remaniement au sein de l'armée pendant son absence de deux mois
TLDR
- Le président camerounais Paul Biya a procédé à un remaniement du commandement militaire, avec des changements dans quatre des cinq régions militaires conjointes, et a promu le chef de la Garde présidentielle.
- Le général de brigade Mezui Zo'o Elie Romance a été nommé commandant de la brigade d'intervention rapide chargée des opérations de sécurité.
- Le général de division Ebaka Hippolyte a été nommé chef d'état-major adjoint de la défense, alors que des interrogations subsistent quant à la prolongation du séjour à l'étranger du président Biya.
Le président camerounais Paul Biya a procédé à un remaniement du commandement militaire alors qu'il se trouvait à l'étranger, remplaçant les commandants de quatre des cinq régions militaires interarmées du pays et promouvant le chef de la Garde présidentielle. Ces changements ont été effectués par le biais de trois décrets signés le 3 août et annoncés à la radio d’État. M. Biya, âgé de 93 ans, avait quitté le Cameroun le 7 juin pour ce que son cabinet avait qualifié de séjour privé en Europe et n’était pas encore rentré au moment de l’annonce des décrets.
Le colonel Beko’o Abongo Raymond Jean Charles, commandant de la Garde présidentielle, a été promu au grade de général de brigade et maintenu à son poste. Le général de brigade Mezui Zo’o Elie Romance a été nommé commandant de la Brigade d’intervention rapide, une unité chargée de la lutte contre l’insurrection et d’autres opérations de sécurité. Plusieurs autres colonels ont été promus au grade de général de brigade.
Le général de division Ebaka Hippolyte a été nommé chef d’état-major adjoint de la défense. Des changements ont également été opérés au sein des brigades d’infanterie motorisée, des écoles militaires et des commandements régionaux. Le général de brigade Melingui Nouma Donatien a pris la tête de la première région militaire interarmées, tandis que le contre-amiral Ade Nkwenti Hilary a été nommé commandant de la troisième et que le général de brigade Nouma Joseph a pris la tête de la quatrième.
Ce remaniement intervient alors que l’absence de Biya a soulevé des questions quant au fonctionnement du gouvernement. Son Mouvement populaire démocratique du Cameroun a convoqué une réunion des hauts responsables en juillet, alors que les critiques concernant son séjour à l’étranger s’intensifiaient. Biya dirige le Cameroun depuis 1982 et a déjà passé des périodes à l’étranger au cours de sa présidence, mais ce voyage compte parmi les plus longs.
Le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a déclaré que Biya était en vie et qu’il reviendrait au Cameroun, rejetant les appels à déclarer la présidence vacante. Il a ajouté que les institutions de l’État continuaient de fonctionner et que Biya n’avait pas démissionné. Le gouvernement n’a pas communiqué de date pour son retour.
Points clés à retenir
Ces changements au sein de l’armée sont significatifs, car ils montrent que Biya continue d’exercer l’un des pouvoirs fondamentaux de la présidence, alors que des interrogations subsistent quant à son absence et à sa succession. Les décrets placent de nouveaux officiers à la tête de la Garde présidentielle, de la Brigade d’intervention rapide et de la plupart des commandements régionaux, mettant ainsi un nouveau groupe de généraux à la tête des troupes dans tout le pays. Rien dans ces décrets n’indique que ces nominations aient été décidées pour régler la question de la succession ou garantir la loyauté, mais le moment choisi pour les annoncer attire davantage l’attention sur les forces armées alors que le Cameroun s’interroge sur l’après-Biya. Le Parlement a rétabli en avril la fonction de vice-président, plaçant ce dernier en tête de la ligne de succession, mais Biya n’a toujours pas pourvu ce poste. Il n’a pas non plus formé le nouveau gouvernement qu’il avait annoncé pour faire suite à sa réélection en 2025. Plusieurs décisions restent donc liées à la personne du président lui-même. Ce remaniement montre que des ordres peuvent toujours être donnés alors qu’il se trouve à l’étranger, mais il ne répond pas à la question de savoir quand il reviendra ni comment le pouvoir serait transféré s’il ne pouvait plus exercer ses fonctions. Pour les investisseurs et les institutions, la question ne porte pas tant sur les promotions individuelles que sur l’existence, au Cameroun, d’un processus clair permettant d’assurer la continuité des politiques et du commandement lors d’un changement de direction.

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