La dette du Gabon devrait atteindre 94 % du PIB après l'émission d'un euro-obligataire de 920 millions de dollars
TLDR
- La dette publique du Gabon devrait atteindre 94,3 % du PIB d'ici 2027, soit une hausse significative par rapport aux 70,9 % enregistrés en 2024.
- Le FMI prévoit que le déficit budgétaire atteindra 8,5 % du PIB en 2025, ce qui entraînera une augmentation des emprunts en raison de la hausse des charges d'intérêts.
- Le FMI met en garde contre le fait que 21 pays de la région affichent des déficits supérieurs aux niveaux viables, soulignant la nécessité d'une discipline budgétaire et d'une gestion prudente.
Selon le Fonds monétaire international, la dette publique du Gabon devrait passer de 70,9 % du produit intérieur brut en 2024 à 94,3 % en 2027. Ce ratio devrait s’établir à 78,9 % en 2025 et à 86,1 % en 2026, soit une hausse de 23,4 points de pourcentage sur trois ans. Ces chiffres sont des estimations des services du FMI fondées sur les données disponibles au 2 avril.
Cette évolution place le Gabon en décalage par rapport à l’Afrique subsaharienne. Le ratio d’endettement du pays médian est passé de 57,2 % en 2024 à 53,1 % en 2025, la croissance, les taux de change et la restructuration de la dette ayant soutenu les finances publiques. L’Éthiopie, le Ghana et la Zambie ont progressé dans la restructuration de leur dette au cours de l’année. Le déficit budgétaire médian de la région s’est réduit à 3 % du PIB.
Le solde budgétaire du Gabon explique en grande partie cette augmentation. Le déficit, subventions comprises, s’est creusé pour atteindre 8,5 % du PIB en 2025, contre 3,3 % en 2024. Le FMI prévoit que ce déficit atteindra 10 % en 2026 et 11,2 % en 2027, ce qui obligera le gouvernement à emprunter à mesure que les charges d’intérêts augmenteront. Des déficits primaires répétés alourdissent l’encours de la dette avant même de prendre en compte les paiements d’intérêts.
Le FMI a indiqué que 21 pays de la région affichent des déficits supérieurs au niveau nécessaire pour maintenir la dette à un niveau stable. Plus d’un tiers d’entre eux présentent un risque élevé de surendettement ou se trouvent déjà en situation de surendettement. Le Fonds a précisé que tout report de la correction budgétaire augmenterait l’ampleur des réductions de dépenses ou des mesures de relance des recettes nécessaires au cours des années suivantes. Environ un tiers d’entre eux sont également confrontés à plusieurs pressions budgétaires, extérieures, monétaires ou financières.
Pour les exportateurs de pétrole tels que le Gabon, le FMI a indiqué que les gains de recettes liés à la hausse des cours du pétrole devaient être considérés comme temporaires. Il a recommandé d’utiliser ces fonds pour apurer les arriérés, réduire la dette intérieure coûteuse et reconstituer les réserves budgétaires et de change. Il a également appelé à la mise en place de règles budgétaires limitant les augmentations de dépenses lorsque les recettes liées aux matières premières progressent, et protégeant les dépenses consacrées aux services de santé, d’éducation, d’approvisionnement en eau et d’énergie.
Points clés à retenir
Le ratio d’endettement constitue un signal d’alerte quant à l’évolution budgétaire du Gabon, et non une prévision de défaut de paiement. Une dette avoisinant les 100 % du PIB peut être supportable si les recettes restent gérables. Le problème du Gabon réside dans le fait que la dette et les déficits augmentent de concert, ce qui signifie que les emprunts servent à financer à la fois les dépenses et les intérêts. Les estimations du FMI ont été établies avant que le gouvernement ne révise son budget 2026, ne réduise ses prévisions de recettes de 22 % et n’autorise jusqu’à 1,5 milliard de dollars d’emprunts à l’étranger. Le Gabon a levé 920 millions de dollars grâce à une euro-obligation à 7 ans assortie d’un coupon de 9,375 %. Cette émission a apporté des liquidités au Trésor, mais a alourdi le service de la dette jusqu’en 2033. Moody’s a maintenu la note du Gabon à Caa2 et a revu ses perspectives à la baisse (négatives), invoquant les besoins de financement, l’accès aux marchés et le risque qu’un audit de la dette ne révèle davantage de passifs. Le Gabon a sollicité un programme de financement auprès du FMI, ce qui pourrait débloquer des fonds et imposer des objectifs en matière de recettes, de dépenses, d’arriérés et de déclaration de la dette. Le choix politique consiste à déterminer s’il faut réduire le déficit avant que les intérêts ne représentent une part plus importante des recettes. Les recettes pétrolières peuvent y contribuer, mais les prix fluctuent et la production peut baisser. Utiliser ces recettes pour des projets visant à augmenter la production permettrait d’améliorer ce ratio. Les consacrer à des dépenses sans retour sur investissement repousserait l’ajustement aux budgets ultérieurs.

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