Moody’s maintient la note du Cameroun à Caa1 alors que les risques de liquidité persistent
TLDR
- À l'issue de son examen, Moody's maintient la note de crédit « Caa1 » du Cameroun et sa perspective « stable », invoquant des risques de liquidité persistants et un resserrement des conditions de financement dans la région.
- Le Cameroun est confronté à des difficultés pour refinancer sa dette, l'accès au financement devenant de plus en plus difficile, les besoins de financement étant estimés à 10 % du PIB en 2026.
- La faiblesse des recettes fiscales, l'exposition aux entreprises publiques et les problèmes de gouvernance ont pesé dans la décision de Moody's, qui a revu à la baisse ses prévisions de croissance à 3,4 % pour 2026.
À l’issue d’un examen périodique, Moody’s a maintenu inchangées la note de crédit Caa1 du Cameroun et sa perspective « stable », tout en soulignant que la faiblesse des liquidités, les arriérés de paiement et le resserrement des conditions de financement régionales restaient des risques majeurs. Cet examen a fait suite à une réunion du comité le 13 août et s’est achevé le 21 août.
Le Cameroun a continué à refinancer sa dette arrivant à échéance, mais l’accès au financement est devenu plus difficile, le marché régional ayant atteint ses limites. Moody’s estime les besoins de financement à environ 10 % du PIB en 2026, dont près de la moitié sera couverte d’ici fin juin. L’agence s’attend à ce que la dette publique atteigne 45 % du PIB une fois que le gouvernement aura pris en charge les obligations liées à la compagnie nationale d’électricité.
La notation est également pénalisée par la faiblesse du recouvrement des recettes et l’exposition aux entreprises publiques. Moody’s a indiqué que les pressions persistantes sur les liquidités et les lacunes dans la gestion des finances publiques ont contribué à de nouveaux arriérés de paiement. Elle a abaissé la note de solidité institutionnelle et de gouvernance du Cameroun de B3 à Caa1, invoquant de faibles performances sur les indicateurs de gouvernance, des arriérés intérieurs et des retards dans le remboursement de la dette extérieure.
Moody’s a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026 à 3,4 % et s’attend à ce que le déficit budgétaire atteigne 2,5 % du PIB, en partie parce que la hausse des cours du pétrole a alourdi le coût des subventions aux carburants. L’économie reste dépendante des hydrocarbures, tandis que les dépenses de sécurité et la situation financière de certaines entreprises publiques exercent une pression supplémentaire. Moody’s a indiqué que l’agriculture, l’hydroélectricité et les ressources minérales constituaient des atouts, mais que bon nombre d’entre elles restaient sous-développées.
Le risque politique pèse également sur le profil de crédit. Moody’s a évoqué les incertitudes liées à la succession présidentielle, les troubles dans les régions anglophones et l’insécurité dans l’Extrême-Nord. L’agence a indiqué qu’un meilleur accès au financement à long terme, une croissance plus forte et une réduction des arriérés intérieurs pourraient soutenir la notation, tandis qu’une liquidité plus faible, une dette plus élevée ou une transition politique chaotique pourraient entraîner une dégradation de la note.
Points clés à retenir
La notation « Caa1 » du Cameroun montre que la principale pression qui pèse sur l’État ne réside pas uniquement dans le volume de sa dette, mais dans la capacité du gouvernement à lever des fonds et à honorer ses paiements dans les délais. Moody’s estime toujours que la dette publique se maintient à un niveau modéré de 45 % du PIB après la prise en charge par l’État des obligations liées à la compagnie nationale d’électricité. Le problème réside dans le fait que les besoins de financement sont élevés, que les marchés régionaux sont saturés et que les emprunts sont de plus en plus contractés à des conditions commerciales. Cela augmente les coûts de refinancement et accroît le risque de retard de paiement lorsque l’exécution du budget est retardée. La révision à la baisse de la note de solidité institutionnelle et de gouvernance, qui passe de B3 à Caa1, ajoute une source de préoccupation supplémentaire, car elle met en évidence des faiblesses dans la gestion des finances publiques plutôt qu’un resserrement temporaire du financement. Une croissance de 3,4 % en 2026 apporte un certain soutien, mais le déficit budgétaire de 2,5 %, le coût des subventions aux carburants et les dépenses de sécurité limitent la marge de manœuvre. Le Cameroun a donc besoin de bien plus qu’une simple réduction de sa dette pour améliorer son profil de crédit. Il a besoin d’un financement à plus long terme, d’un recouvrement plus efficace des recettes et d’une réduction des arriérés intérieurs. La stabilité politique est également un facteur important, car une transition chaotique ou une augmentation des dépenses de sécurité pourraient affaiblir davantage la liquidité. Pour les investisseurs, la question clé est de savoir si le Cameroun sera capable de continuer à refinancer sa dette sans laisser les pressions de paiement s’accumuler.

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