Moody’s relève la note de crédit du Bénin à Ba3 grâce à la croissance et aux progrès réalisés en matière d’endettement
TLDR
- Moody's a relevé la note souveraine du Bénin de B1 à Ba3, invoquant la croissance, la gestion budgétaire et les progrès réalisés en matière de dette publique.
- L'économie du Bénin a connu une croissance de 8,1 % en 2025, et Moody's prévoit une croissance annuelle comprise entre 6,5 % et 7 % jusqu'en 2030.
- Le Bénin a renforcé ses mesures dans divers domaines, mais des défis subsistent en matière de recettes publiques et de viabilité de la dette.
L'agence Moody’s Ratings a relevé la note souveraine du Bénin de B1 à Ba3 et a modifié la perspective, la faisant passer de « positive » à « stable », en invoquant la croissance, la gestion budgétaire et les progrès réalisés en matière de dette publique. Cette modification s'applique aux notes d'émetteur du Bénin en monnaie locale et en devises étrangères, ainsi qu'aux titres de dette émis par Bénin Sukuk SA. La note Ba3 reste inférieure de trois crans à la catégorie « investment grade ».
L’économie du Bénin a progressé de 8,1 % en 2025, soit sa plus forte croissance depuis 1990, après avoir affiché une croissance moyenne de 6,6 % par an depuis 2018. Moody’s prévoit une croissance annuelle comprise entre 6,5 % et 7 % jusqu’en 2030. Un rebasement des comptes nationaux de 2015 à 2023 a entraîné une augmentation du PIB nominal mesuré d’environ 25 %, le portant à 29 milliards de dollars.
Le déficit public est tombé à environ 3 % du PIB en 2025, contre 7 % en 2021, tandis que les recettes fiscales ont augmenté de 2,9 points de pourcentage du PIB. La dette publique, qui avait atteint un pic de 61 % du PIB en 2023 selon l’ancienne base de calcul du PIB de Moody’s, devrait retomber à environ 55 % d’ici 2028. Le coût moyen de la dette publique s’élevait à 3,4 % à la fin de 2025, avec une durée moyenne de près de 9 ans.
Le Bénin a également modifié ses modes de financement. Le gouvernement a émis un euro-obligataire lié aux ODD en 2021, une obligation en dollars d’une durée de 14 ans en 2024 et son premier sukuk souverain en 2026. La dette extérieure représente 77 % de la dette totale, bien que 85 % de l’encours de la dette soit libellé en euros ou en francs CFA, ce qui limite le risque de change puisque le franc CFA est indexé sur l’euro.
Des risques subsistent. Les recettes publiques, y compris les subventions, représentaient 15,8 % du PIB en 2025, contre une médiane de 27,2 % pour les États notés « Ba ». Moody’s a également mentionné la faiblesse des revenus, les risques sécuritaires liés au Sahel et l’exposition aux aléas climatiques. Une reclassification des prêts accordés aux entreprises publiques a ajouté 7 points de pourcentage au ratio d’endettement déclaré, mettant en évidence des lacunes dans les déclarations antérieures relatives à la dette.
Points clés à retenir
Cette révision à la hausse offre au Bénin une plus grande marge de manœuvre sur les marchés de la dette, mais elle ne rapproche pas pour autant le pays de la catégorie « investment grade ». La note Ba3 reste en effet inférieure de trois crans à la note Baa3 ; les investisseurs continueront donc à intégrer le risque de crédit dans leurs évaluations. Cette évolution est importante car le Bénin a amélioré plusieurs indicateurs simultanément : la croissance se maintient au-dessus de 6 % depuis des années, le déficit budgétaire est revenu dans la limite de 3 % fixée par l’UEMOA, les échéances de la dette se sont allongées et le gouvernement a mis en place de nouveaux instruments de financement. Son programme avec le FMI, qui s’est achevé en février, a satisfait à tous les critères quantitatifs et à 23 repères structurels, ce qui plaide en faveur de la continuité des politiques. La principale contrainte réside dans les recettes. À 15,8 % du PIB, les recettes publiques restent inférieures au niveau des pays bénéficiant de notations similaires, ce qui limite les liquidités disponibles pour assurer le service de la dette et financer les investissements. La part de 77 % de la dette extérieure constitue un autre point à surveiller, même si les emprunts en euros et en francs CFA limitent en partie le risque de change. Une notation plus élevée peut réduire les coûts d’emprunt si les investisseurs exigent une prime de risque moins élevée, mais l’effet dépendra des taux mondiaux et des conditions du marché. Pour obtenir un nouveau relèvement de sa notation, le Bénin devra augmenter ses recettes, élargir sa base d’exportation et maintenir le cap en matière de déclaration de la dette et de politique budgétaire.

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