La Côte d'Ivoire mise sur les capitaux privés pour soutenir son nouveau plan de croissance de 209 milliards de dollars
TLDR
- Le nouveau Plan national de développement de la Côte d'Ivoire vise à assurer la croissance économique jusqu'en 2030 grâce à un investissement massif d'environ 209 milliards de dollars, en mettant l'accent sur la participation du secteur privé.
- Le pays a connu une croissance économique soutenue, marquée par une augmentation du PIB par habitant et un renforcement de la discipline budgétaire, ce qui a permis de réduire le déficit budgétaire et de maintenir des taux d'inflation relativement bas.
- La réussite de ce plan repose sur la capacité à attirer des investisseurs privés pour atteindre les objectifs fixés, grâce à un nouveau cadre de PPP en cours d'élaboration et à des indicateurs de marché favorables.
Le Parlement ivoirien a approuvé un nouveau Plan national de développement, qui définit la feuille de route économique du pays jusqu'en 2030. Au cœur de ce plan figure un effort d’investissement de 114 838,5 milliards de FCFA, soit environ 209 milliards de dollars ou 175 milliards d’euros, articulé autour de six piliers : la sécurité, l’agriculture, l’investissement privé, le capital humain, les infrastructures et la gouvernance. Contrairement aux cycles précédents, le gouvernement souhaite cette fois-ci que le secteur privé assume l’essentiel de la charge, l’objectif étant que 70 % du montant total proviennent de sources privées.
Ce changement tient compte des enseignements tirés du plan sortant. Entre 2021 et 2025, le pays a levé 41 735 milliards de FCFA, un montant inférieur à son objectif de 59 000 milliards de FCFA. Les organismes publics ont largement dépassé leurs propres objectifs. Les investisseurs privés n’ont pas suivi le rythme, et combler cet écart est désormais au cœur de la conception du nouveau plan.
L’économie dans son ensemble a bien résisté malgré une période difficile pour les marchés mondiaux. La croissance s’est établie en moyenne à 6,5 % par an au cours des cinq dernières années, et les revenus ont augmenté en parallèle, le PIB par habitant passant de 1 373 529 FCFA en 2021 à 1 653 500 FCFA en 2024. La discipline budgétaire s’est également améliorée. Le déficit budgétaire s’est réduit à 3,0 % du PIB en 2025, contre 5,2 % deux ans plus tôt, même si la dette publique a légèrement augmenté, passant de 50,2 % à 59,5 % du PIB, un compromis que les décideurs politiques jugent gérable pour l’instant.
Les pressions sur les prix se sont atténuées. L’inflation s’établit à 1,4 %, bien en deçà du plafond régional de 3 %, ce qui laisse à la banque centrale une marge de manœuvre pour maintenir son taux directeur à 5 %. Les comptes extérieurs s’améliorent également. Le déficit de la balance courante s’est réduit, passant de -3 944 milliards de FCFA à -2 136 milliards de FCFA, bien que l’excédent commercial ait légèrement diminué, passant de 415 millions de FCFA à 215 millions de FCFA en mai.
Le plus grand défi reste à venir. Le succès dépendra de la capacité à convaincre les investisseurs privés de s’engager à une échelle qu’ils n’ont pas encore atteinte. Un cadre national de PPP est en cours d’élaboration, avec un premier soutien des bailleurs de fonds déjà en place, et les responsables soulignent que les récentes émissions de dette et les relèvements de notation témoignent de la volonté des marchés de parier sur ce plan.
Points clés à retenir
La Côte d'Ivoire a fait son retour sur le marché des euro-obligations en février avec une émission de 1,3 milliard de dollars à 15 ans, assortie d'un coupon de 5,39 %. Les souscriptions ont atteint 6,3 milliards de dollars auprès de 270 investisseurs, soit cinq fois le montant de l’émission. Quelques jours plus tard, le conseil d’administration du FMI a achevé l’examen de son programme de 4,8 milliards de dollars et débloqué 832,8 millions de dollars. Le Fonds prévoit un ralentissement de la croissance, qui passerait de 6,5 % en 2025 à 6 % en 2026, et une hausse de l’inflation, qui passerait de près de zéro à 3,3 %, en raison des changements de la demande liés au conflit au Moyen-Orient. Le déficit courant devrait se creuser pour atteindre 2,3 % du PIB. Une stratégie distincte en matière d’endettement indique que le service de la dette extérieure pourrait atteindre 17,7 % des recettes publiques en 2026, un niveau proche du seuil de 18 % fixé par le FMI. Les responsables estiment que le risque de surendettement reste modéré, mais soulignent que la marge de manœuvre pour absorber de nouveaux chocs est limitée. La hausse des prix du pétrole, si elle se poursuit, exercera une pression supplémentaire sur la facture des importations et l’ancrage monétaire.

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